Nassau

homme recouvert d’une couverture de laine assis au sol sous une série de clous de fourches de bêches de pantalons tachés suspendus dans l’espace

 Je ne veux pas être entendu, je veux être râpé, des manches piquées de tessons, le jute et le crin, être sourd jusqu’aux sphincters et que ma chose pendue tête en bas soit l’enfer à l’intention de qui va là va sans bon sens, langue à langue de bébé-bataille, sujet-verbe-saint-pétrole enduisant ma face de pied bot pour brûler les livres qui puent la sauge. Je veux voir ma réponse à chaque question couler sur un totem public à mordre, une mare sur le sol plus large qu’une geôle, mes soixante-six nébuleuses dedans, et que se dresse devant vous la table de la médecine et du pouvoir pour huer les testaments. Que les cendres chantent en la et en si mineur, qu’on mélange la kétamine et le sang des agneaux d’Écosse, devienne un discours pour étouffer, amaigrir, sectionner, qu’on lèche tout car drame, salvation, il faut avouer. Mais la vérité c’est non, je veux les restes, le fumier en opération, les frênes plantés dans les doigts coupés, je parle des vies jusqu’à la bouche, la maçonnerie volante, j’exige le bélier digérant le cœur. Du lit jusqu’au monde, il y a une épître qui s’écrit au ras du pétrole sous la joie et sans moi et elle s’humilie de borne en borne dans un hangar de chasse. Que ce soit dit : tous les anniversaires de l’idiot en fleurs sont à moi maintenant, et si je suis laid dans ma robe d’homme simple, c’est pour devenir cerf et dormir debout dans la onzième élégie d’Ovide.

 

 

 

Choeur

Notre nation est une magie de nerfs et de gaz. Nous disons oui à des monstres, à des élégies gravées dans nos paumes. L’été vient et c’est le visage mauve, les multiples de tout à mâcher sans cesse, nos voix fument comme du vin de lion. Nous cachons notre pitié dans les livres comptables et les excréments les plus pâles. Derrière nos tempes, nous sommes Eschyle, Hésiode, Pindare. Nous bâtissons l’étoile de la perte.

 

 

 

Jelinek

homme nu sans yeux ni bouche droit dans l’espace au-dessus d’une baignoire dense vapeur d’eau voix off

Pour le grand orage laveur de sexe et d’actes; à la femme alphabétique plus grande que moi; de tout prendre sans reste; parce que mon colisée se construit d’hivers; aux définitions impossibles et au cinéma muet; pour les lucioles qui entrent dans les pores; à la science des pauvres; aux particules de soufre sur la luette; pour les graisses, les nuits sans ponctuation, les apparitions d’animaux; parce que je vois des chaises d’eau dans les yeux; à la peur de devenir ma mère; parce que la musique comme suffocation et carafe; à l’homme arithmétique plus fort que moi; à la tendresse comme onction; parce que ma machine à voler vingt pieds sous les maisons; au travesti en pleurs qui m’a pris la main à Bucarest; à ma fille et à mon fils devenus des guerres; aux yeux de Laïka sur la lune; pour le mouton dans le parc qui m’a sauvé; aux choses moyennes; à la philosophie dans les arbres; pour les poissons qui combattent les hommes; de me donner la farine, l’eau, la noirceur; parce que la force verticale des inconnus; de ne pas m’adresser la parole; pour l’amour dans une cuisine de Turin; parce que l’été est un chœur martial; pour mes bras plus longs que les listes de l’histoire; pour l’huile d’olive dans mes cheveux sur le bord de la rivière Hudson; aux choses défaites et réparées selon les règles du matin; pour le plancher de ma chambre qui cachait un lagon; aux mains négatives; et d’apaiser mon rire et mes droits anciens; pour la chaleur du singe accroché à mon cou; parce que le mal appris comme un métier; pour les serres de l’effraie des clochers; à cet hiver grec, cet hiver turc, à la nuit du sept février au deux juin; pour l’ombre de la Terre aperçue sur ma table; à la honte venue pieds nus, merci.

 

 

 

Choeur

Notre mal rit des livres. Nous dormons dans les fontaines et les poings d’enfant. Nos amours sont faits de métaux pliés, de rations volées. Nous refusons le blanc de nos yeux. Nous avançons à genoux dans la chair, nous lançons des briques dans la chair. Partir, cristal, montagne, maman : chaque jour nous devenons des magies de base. À nos ombres devenues géantes, nous donnons l’eau de nos corps. Nous parlons pour être seuls.

 

 

 


En raison d’un processus éditorial non conventionel, certains textes ont subi des changements après leur traduction vers l’anglais. Les versions françaises peuvent donc différer légèrement – ou largement – de leurs pendants anglais.

Pour lire ce texte en anglais, visitez granta.com/golgotha/

Illustration © Fons Heijnsbroek

Vie du père
Andrés Barba on Such Small Hands